La Maison du Maquis – Het huis Maquis

Deze mooie stenen boerderij daterend uit de 19e eeuw, verscholen achter de oude eik, bood in 1944 een schuilplaats aan Prins Charles, de broer van Koning Leopold III. Hij werd gezocht door de Duitsers en werd na de bevrijding regent van België.

Cette belle fermette en pierre remonte au début du XIXe siècle. Elle abrita clandestinement de juin à septembre 1944 le Prince Charles, frère du Roi Léopold III, sous le pseudonyme de M. Richard. Il était alors recherché par les Allemands et deviendra à la libération régent du Royaume.

 

Le Prince Charles de Belgique à Sart-lez-Spa – été 1944

 

 

Une fuite depuis Bruxelles le mardi 6 juin 44 Lors du départ de son frère (Léopold III) et sa famille en déportation, le Prince Charles prit contact avec son fournisseur de piano M. André Hanlet. Ensemble, ils avaient souvent conversé sur la musique et plus profondément sur leurs idées communes de la vie discrète à tenir. (1)

Averti des recherches allemandes, il passera alors cinq semaines avec des bûcherons dans la forêt de Soignes. Avec ses amis Paul Charlier et André Hanlet, il sera finalement conduit à Spa puis à Sart-lez-Spa. (6)

L’évolution du conflit incite le prince Charles à contacter André Hanlet, un de ses fournisseurs, fabricant de pianos. Il partage les convictions princières, c’est sur lui que le Prince compte pour déjouer la surveillance allemande au Palais de Bruxelles, organiser sa fuite et prendre le « maquis ».
L’escapade se déroula début juin. Il était temps. Le vendredi 9 juin, Léopold III et sa famille sont emmenés en Allemagne.

André Hanlet place le Prince sous la protection de Paul Charlier, un pâtissier de Waremme, un ami fidèle. (3)

C’est ainsi que, quittant l’institut Edith Cavell, le Prince passa sa première nuit du mardi 6 juin 1944 chez les Hanlet à la rue de la Pompe, sa deuxième nuit (mercredi 7 juin) à Rixensart dans la villa de la rue de l’Auguette, sa troisième nuit (jeudi 8 juin) à Waremme chez une sœur de Paul Charlier, le chef de cuisine, et sa quatrième nuit (vendredi 9 juin) à Spa.

Sans cesse, le Prince transporté sous une couverture dans la voiture à gazogène de M. A. Hanlet, parlait des ennuis que sa mère pourrait avoir. Le Prince arriva ainsi dans la villa de Spa « Chanterive », avenue Amédée Hesse, où résidait Mme Marie Hanlet (mère d’André Hanlet). Cette maison avait l’avantage de donner sur deux rues différentes, donc plus sûre. Le ruisseau à proximité immédiate (Wayai) permettait de se cacher en cas d’alerte ou de fouille. (1)

S’il est de notoriété publique que le prince Charles de Belgique, le frère de Léopold III, s’est caché à Sart-lez-Spa pendant l’été 44, rares sont ceux qui savent qu’il a d’abord été hébergé dans une villa située au n° 32 chemin du Pré Leftay (anciennement chemin des Morts) à Préfayhai. (3)

Mais dans cette cache, le Prince ne peut subsister seul et Hanlet appelle à son secours Paul Charlier, le bon géant ; il faut nourrir le Prince, le désennuyer aussi et Charlier s’y dévoue. Le Prince partage la chambre des enfants avec Charlier ; il n’a, pour faire face, que son revolver sur sa table de nuit et l’avantage de deux accès, sur deux routes, plus le ruisseau qui permet, éventuellement, de se replier pour attendre en cas d’alerte.

Le Prince est présenté à la fidèle bonne Caroline comme Monsieur Richard, un ami de Monsieur Hanlet.

J’ai insisté personnellement  pour que le Prince soit déplacé et qu’un séjour nouveau lui soit organisé. C’est là que Monsieur Paquay intervient une fois de plus. Il loue à son nom, pour les mois d’août et septembre 1944, la petite maison de Sart que Charlier partagera avec le Prince jusqu’à la délivrance. (2)

 

Quelques jours à Cokaifagne Homme de grand air et quelque peu fantaisiste, comme peuvent l’être les artistes, le Prince souffre d’être « enfermé » Dès lors, il sort parfois même à bicyclette au risque d’ennuis graves pour ceux qui l’ont aidé. Il fallait le déplacer. D’abord, il fut hébergé quelques jours à Sart au lieu-dit Cokaifagne, non loin de la gare de Sart. Ensuite, M. Robert Paquay loua pour lui au mois d’août une maison de Sart située derrière l’église. (1)

 

Première rencontre avec le village de Sart. C’est le soir du mercredi 28 juin 1944 que amené par M. Paquay, M. Charlier et « son beau-frère M. Richard », nom sous lequel le prince cachait alors son identité réelle, arrivèrent, sur la grand’place de Sart, chez Mlle Elisabeth Fettweis. Aussi accueillante que distinguée, Mlle Fettweis ne manqua cependant pas de faire à ses nouveaux hôtes, qui par contrat avaient loué sa maisonnette pour deux mois, les utiles recommandations d’usage et qui lui spécialement nécessaires, en présence de clients aussi négligés. Comme elle invitait « M. Richard » à ménager le mobilier, son hôte répondit simplement : « Soyez tranquille ! Quand j’étais chez mon père, dans le salon Louis XIV, je devais aussi y faire attention ».

Dans l’ombre crépusculaire qui, en ce beau soir de l’été 1944, envahissait l’archaïque petite place du village de Sart, quelques villageois attardés furent fort surpris de remarquer la présence de deux cyclistes inconnus, d’âge indéterminé, d’allures incertaines et d’aspect assez inquiétant. L’un deux, véritable géant, semblait si grand que son compagnon, homme de bonne taille cependant, paraissait petit à ses côtés. Tous deux portaient une tenue des plus sommaire et qui, aux yeux de prudes campagnardes, sembla même scandaleusement négligée : un simple petit short rose, d’une fraîcheur douteuse, laissait apparaître leurs mollets velus ; leur cou puissant sortait d’un pull-over largement échancré, de couleur verte chez le plus grand, de teinte jaune chez son compagnon, dont les yeux s’occultaient derrière des lunettes bleues, tandis que son chef était coiffé d’un vieux chapeau cabossé aux larges bords soigneusement rabattus. (4) Le Prince Charles allait sur ses 41 ans lorsqu’il arriva à Sart-lez-Spa. Il est né le 10 octobre 1903 au Palais du marquis d’Assche à Bruxelles.

 

Ses occupations au village de Sart Melle Fettweis se rappelle que l’une des premières commodités dont s’enquit son nouveau locataire fut de savoir si la maison comportait une salle de bain : « Je me passerais d’un dîner, mais pas d’un bain », déclara-t-il. Ajoutons ici que le prince et son compagnon, souvent suivis par des jeunes gens du village, profitèrent maintes fois du beau temps et de leur séjour à Sart pour aller prendre des bains de rivière dans la Hoëgne.

Ses goûts étaient d’une extrême simplicité, et rien ne l’eût fait distinguer d’une authentique bûcheron. Je me souviens qu’il alla lui-même tourner chez le menuisier Boniver six bougies de bois dont il voulait garnir une statue de la Sainte Vierge, pour laquelle il paraissait avoir une dévotion particulière.

Le dimanche, il se rendait toujours à la grand’messe, qu’il écoutait du jubé, sans doute afin d’être plus près des orgues, car il aimait beaucoup la musique à laquelle l’avait initié sa mère la Reine Elisabeth.

La vie du Prince Charles était très simple : pas fier pour un sou, il n’hésitait pas, à l’occasion, à descendre de son vélo pour aller saluer les villageois qu’il rencontrait et pour prendre de leurs nouvelles. On nous a signalé également qu’il s’amusa plus d’une fois à observer la sortie des enfants de l’école et qu’il complimenta de leur bonne tenue l’institutrice en chef, Mme Potelle-Ernotte. Bon garçon, jovial mais pince sans rire, disant bonjour à chacun. « Monsieur Richard » était sympathique à tous, mais il ne se liait avec personne.

A Sart-lez-Spa, Charles y aurait une vie tranquille et relativement publique se faisant apporter de la nourriture de Bruxelles. Le prince avait également teint ses cheveux en noir et portait des shorts et de grandes lunettes de soleil bleues pour rester incognito. Il a utilisé le pseudonyme « Jules Léon Bernard ». (6)

L’un des établissements que les hôtes de la Pension Fettweis fréquentaient le plus assidûment à Sart était le café « As hôts ègrés ». Les maîtres de céans, à la fois fermiers et cabaretiers, sont M. Alfred Lespire et sa sœur Maria. Certains soirs, celle-ci vit arriver un grand diable qui cherchait un bassin pour le ménage, objet qui lui fut aussitôt aimablement confié. Le lendemain et les jours suivants, ce géant, qui chaussait du 48, revint fréquemment accompagné de ses amis, dont « Monsieur Richard ».

Un jour, nous conte l’accoste aubergiste, ce dernier arriva, l’air assez mécontent, tenant en main une marmite à soupe : « Je vous fait cadeau de la soupe qu’on me prépare invariablement : tomates et pommes de terre. Ne pourriez-vous pas me faire autre chose comme potage ? N’avez-vous pas un jardin ? » Mlle Maria montra le potager à son nouveau client, qui réclama une soupe verte, avec poireaux, céleri, persil, oignons et pas d’épinard, mais beaucoup de beurre.

Dès lors, « Monsieur Richard » vint souvent s’accouder au grand comptoir de zinc du petit café. De la buvette, nos « maquisards » passaient d’habitude à la « bonne chambre », pièce à l’ameublement et au décor fort anciens, où ils allaient écouter la radio anglaise avec tout l’intérêt passionné que l’on devine en cet été 1944, lorsque les événements militaires et politiques se précipitaient : débarquement, avance constante des alliés, entrée de ceux-ci en Belgique. Un beau soir, le compagnon du prince, entendant sans doute une nouvelle particulièrement sensationnelle s’empressa d’aller en informer son « beau-frère ». Le lendemain, tous deux avaient disparu sans laisser d’adresse ! (5)

Il resta à Sart jusqu’après la libération de Bruxelles le dimanche 3 septembre, suivie de celle de Spa le dimanche 10 septembre. (1)

Le mardi12 septembre 1944, soit au lendemain de son retour dans la capitale, Charles apprend ce que l’on attend de lui : exercer la régence, soit assurer l’intérim sur le trône en attendant le retour de son frère, prisonnier en Allemagne. (7)

 

 

Pendant ce temps-là à Bruxelles… “En date du vendredi 21 juillet 1944, le nommé Hartnagel, commissaire criminel de la Sonderkommission, attaché à la Gestapo de Bruxelles, avait reçu pour mission de ses chefs de Berlin de procéder à l’arrestation de S.A.R. le Prince Charles de Belgique, sous le couvert soi-disant de la protéger contre les menées communistes. Ce motif était inexact. Il fallait tout bonnement s’assurer de la personne de S.A.R. le Prince Charles aux fins de l’interner en Allemagne. Berlin craignait en effet que le Prince Charles ne prenne le commandement des forces de la résistance en Belgique.”

Du vendredi 21 juillet au jeudi 3 août 1944, Louis B. surveille l’hôpital de la Croix-Rouge de la place Brugmann, où l’on soupçonne Karel de s’y cacher ou d’y être soigné. Un raid le dimanche 23 juillet, au cours duquel un commando de 60 soldats a encerclé l’hôpital, a échoué. Une même visite a aussitôt après été opérée dans une clinique située à Edith Cavell. Le Prince n’y a pas été découvert. La Gestapo a cependant pu établir que le Prince avait été soigné à Edith Cavell, sous le nom de Capitaine-Commandant de Pret jusqu’à Pâques. (6)

 

 

Le Prince démasqué… Disons dès à présent, que l’incognito du prince fut partout bien respecté, puisque, à part l’une ou l’autre exception, personne à Sart, parmi les nombreux habitants qu’il côtoyait tous les jours, ne soupçonna quel hôte de marque le village avait alors l’honneur d’héberger. (4)

Une personne de Sart avait reconnu le prince Charles dès son entrée chez elle : Mme Neutelings, née Aline Jaspar, gouvernante chez M. Gigot, propriétaire de l’hôtel du Perron alors situé sur la grand’place. A son arrivée, le prince enleva un instant ses lunettes bleues, et ce geste suffit à Mme Neutelings pour reconnaître le visiteur dont elle eut cependant soin de taire l’identité réelle. (5)

 

 

Références :

(1) Histoire et archéologie spadoises – bulletin de Mars 2003 – article de H.P. Henri-Jaspar : Un prince clandestin

(2)  Histoire et archéologie spadoises – bulletin de Mars 1985 – article de Ghislaine Hanlet : Les mousquetaires à Spa

(3) Réalités, mensuel de Spa et de sa région – bulletin du 12 septembre 2013 – article de Jean Lecampinaire : Le Prince Charles à Préfayhai

(4) Journal « Le courrier » du mercredi 29 avril 1953 – article : Quand le Prince Charles camouflé en homme des bois, se cachait à Sart-lez-Spa

(5) Journal « Le courrier » du jeudi 30 avril et vendredi 1 mai 1953 – article : Quand le Prince Charles camouflé en homme des bois, se cachait à Sart-lez-Spa

(6) Universiteit Gent academiejaar 2004-2005 – Un carlisme à la Belge ? De rol van Prins-Regent Karel en zijn entourage in het verloop van de Koningskwestie (1940-1950) – Riem EMMERY

(7) RTBF « Charles, le Prince oublié » – série documentée écrite par Eric Loze

Marcel Vilz